dimanche 7 mars 2010

VENISE

La magie de Venise est décrite partout, mais elle n’est pas usurpée. Je me rappelle la première arrivée sur la piazzetta,il y a longtemps, plusieurs années, quand le motoscafo déverse son flot de touristes quotidiens, les valises presque jetées sur le quai , la foule grouillante ,l’étonnement de voir autant de monde se presser dans tous les sens ,la sensation de gêner , là , immobile à regarder partout pour se dégager de cette foule oppressante ,l’impression de ne rien comprendre à la géographie des lieux . 
PALAIS DES DOGES VU DU GRAND CANAL,VENISE


Basilique Saint-Marc
Comment va-t-on bien pouvoir rejoindre l’hôtel qui est de l’autre côté du grand canal ? Après quelques minutes d’hésitation dans la bousculade , les réflexes de bon touriste reviennent ,le plan, le routard ,et c’est parti ,vers l’hôtel Agli Alboretti, dans le dorsoduro . Mais quel monde partout! Les valises traînées dans le vaporetto ,
nous sommes serrés comme des sardines entre des vénitiens qui ont l’air de ne plus faire attention aux touristes et ces mêmes touristes qui se pressent au bord pour voir les palais sur le grand canal , appareils photos et camescopes greffés à l’oeil , mais quelle surprise , quelle splendeur tout à coup , quelles images en pleine figure ! On est dans un autre temps , un autre espace. Je m’attends à voir Casanova ou Audrey Hepburn dans une gondole  ou sortir d’un palais ! 
L’arrivée à l’hôtel nous réjouit , enfin du calme. Nous remercions en pensée les amis qui nous ont envoyés en lune de miel et fait le choix de cet hôtel de charme , au pied du pont de l’Accadémia.Une fois le pass acheté pour la semaine, le routard , le gallimard et le plan en poche ,évidemment l’appareil photo au poignet (la vraie panoplie du touriste) nous voilà dehors , et rapidement nous percevons l’atmosphère si différente , étrange , feutrée, d’une ville organisée le long de canaux, d’une ville sans voiture, bruyante mais “sans bruit”, ce bruit de fond du bitume et des moteurs,  remplacé par celui des bateaux , atténué par la présence de l’eau .En harmonie avec l’ambiance sonore, l’émerveillement vient de la couleur , de la lumière . Toutes ces façades colorées,roses, jaunes,rouges , ocre, marbre doré, tous ces jeux de lumière , de contraste, le bleu du soleil de mai , le vert des canaux se mêlent pour créer une toile grandeur nature , à laquelle j’ai l’impression d’appartenir . Il me tarde de découvrir les Canaletto .
Nous avons envie de tout voir, nous repassons des dizaines de fois dans les mêmes ruelles , sur les petits ponts , grands ponts , sous les mêmes sotoportegos . C’est en se perdant de sestiere en sestiere, campo en campo , de calle en fondamento que l’on fait les plus belles découvertes.Les visites ,incontournables , du musée Correr , du palais des doges , de la basilique, de l’Accadémia , du Guggenheim succèdent aux flâneries dans les merceries, aux ballades dans le castello , le cannareggio , aux bains de foule du Rialto .
VENISE
VENISE
Nous devenons des pro du vaporetto pour permettre à notre pauvres pieds de récupérer des kilomètres parcourus, et ainsi parcourir inlassablement le grand canal , en essayant de reconnaître chaque palais .Nous découvrons le traghetto pour rejoindre San Samuele . Nous rentrons dans chaque église  (non , c’est impossible) à la rencontre  de Véronèse , du Titien , du Tintore . De musées en églises gothiques ou palladiennes, baroques ou néo-classiques, nous traversons Byzance ,de Dandolo à   Foscarini, passons de la Madonne au Bucentaure , de la Salute à Gli Scalzi.
VENISE
Nous traversons vers la Giudecca , partons vers les îles.
Même si les touristes se pressent dans les boutiques de Murano , il est intéressant de voir à l’œuvre les verriers et de visiter le Palais Giustinian qui abrite le musée du verre où les couleurs  du verre aventurine, du verre calcédoine et du millefiori ravissent l’oeil. De somptueuses collections archéologiques regorgent de précieux exemplaires égyptiens et dalmates , des pièces du XVème au XIXème et des productions contemporaines. L’évolution des goûts des différentes époques et de la technique des maîtres verriers y est très bien retracée. Cela nous permettra  de découvrir  lors de prochains séjours la Fucina  del Vetro di Marco Zardinori puis la Vetreria Gritti et la Fucina artistica de Roberto Rossi.
VENISE,LA LAGUNE
VENISE
VENISE
Le bateau nous amène dans la lagune jusqu’à Burano où les petites maisons colorées remplacent les palais de Venise. Les facades sont peintes de couleurs vives mises en valeur par les encadrements de fenêtre soulignés de blanc .La vraie carte postale! Il faut quitter la place pour se ballader dans l’île à la découverte d’endroits secrets . On peut trouver les barques alignées côte à côte , ou quelques hommes au retour de la pêche , ramenant les vongole annonciatrices du bonheur d’un plat de pâtes au bord d’un canal .
Puis Torcello se dessine , île solitaire au cœur de la lagune, où la nature silencieuse invite à la flânerie .
La lumière qui se dégage de Venise et de la lagune aux différentes heures de la journée , cette atmosphère si particulière chargée d’histoire  et de mystère suscitent un sentiment d’immuabilité, qui est peut-être à l’origine de cette envie de revenir, en nous donnant l’impression de lui appartenir un peu plus à chaque fois. Revenir à différentes saisons ,c’est ce que je me suis dit la première fois que je suis partie de Venise , revenir régulièrement , c’est maintenant ce que je me dis chaque fois que je pars , revenir pour découvrir toujours, flâner, voir une exposition , faire de nouvelles photos, peut-être assister à un concert à la Fenice , revoir la Ca d’Oro , faire le marché au rialto , prendre une ombra chez Do Mori , trouver de nouvelles enotecca, ......